combat_au_dela_de_portee_visuelle_bvr

Le combat au delà de portée visuelle, dont l'acronyme anglais BVR (Beyond Visual Range) est souvent employé, désigne un combat entre aéronefs dans lequel les avions ne peuvent pas se voir et la détection/suivi de cible est effectuée à l'aide des capteurs de l'avion.

Le capteur principal en combat BVR est le radar. Le principe de base est simple: une onde est émise dans une direction et va rebondir sur tout objet qu'elle rencontre. Le temps mis par l'onde pour revenir jusqu'au capteur indique la distance à la cible, et lorsque plusieurs retours successifs sont détectés, on peut calculer la vitesse et la direction de déplacement de la cible.

Les radars modernes sont aussi capables, à courte portée, de détecter le type d'appareil grâce à certains éléments distinctifs, notamment le retour des pales du réacteur. La portée du radar, ainsi que sa zone de recherche, sont limités. Cela implique d'utiliser ce moyen en combinaison d'autres moyens.

Un autre capteur très utile en BVR est le Radar Warning Receiver (RWR). Il détecte les émissions radar reçues par l'avion, indiquant les autres radars qui “éclairent” l'avion. Il indique aussi l'intensité des émissions, permettant de savoir si le radar est en mode “recherche” ou en mode “acquisition/suivi” (indiquant le possible guidage d'un armement contre l'avion). Son utilité en BVR est double: identifier la direction des radars, et leur nature. En effet, le RWR peut classifier le type de radar qui illumine l'aéronef, et donc indiquer au pilote s'il est ciblé par un radar au sol, un SAM, un avion, etc. mais aussi indiquer un sous-type de radar. Les contacts sont indiqués selon leur direction géographique (azimut), sans information d'altitude ou de distance. Exemple concret: un pilote de F/A-18C Hornet voit deux contacts sur son RWR: un “18” dans ses 10 heures, et un “29” dans ses 3 heures. Le “18” indique un autre Hornet, probablement ami, tandis que “29” désigne un radar de Su-27 ou Mig-29, appareil peut-être hostile. Il sait donc dans quelle direction tourner pour chercher avec son radar.

Infrared Search and Track: dispositif électro-optique disponible nativement sur certains aéronefs (Su-27, Rafale, Eurofighter) et via le targeting pod optionnel sur d'autres (F/A-18, F-16…). Le but ici est de détecter une cible via sa signature infrarouge, autrement dit la chaleur de ses moteurs! Selon la doctrine en vigueur (temps de paix, zone contestée) il est souvent imposé au pilote d'identifier sa cible avant de faire feu. Ainsi une cible radar, même sans réponse à l'IFF, doit être confirmée visuellement. Un tel dispositif permet au pilote d'avoir une vue infrarouge de l'appareil cible et de confirmer la cible, évitant ainsi de se rapprocher trop près et d'être contre-détecté.

Identify Friend or Foe: dispositif s'appuyant sur le transpondeur de l'avion pour indiquer s'il s'agit d'un ami. Les avions modernes de 4e génération disposent généralement d'une fonction d'interrogation IFF, permettant de demander à l'avion ciblé de s'identifier et ainsi de “trier” les contacts radar.

Selon les ressources disponibles, un GCI (Ground Control Intercept) ou AWACS (avion de surveillance aérienne) peuvent être disponibles pour indiquer à l'aéronef où se trouvent les contacts, leur nature, etc. et fournir un cap d'interception. C'est un excellent moyen d'accroître sa SA (Situational Awareness) pour comprendre quelles menaces se trouvent sur zone et lesquelles sont les plus urgentes à traiter.

Le but est de rester hors de portée de l'ennemi tout en le mettant hors de combat. Une fois l'ennemi clairement identifié avec les moyens décrits précédemment, et souvent grâce à une combinaison de plusieurs de ces moyens, il faut alors l'engager dans les meilleures conditions.

Le BVR est un combat qui s'anticipe ; en effet un missile tiré à basse altitude aura une portée très limitée par rapport au même missile à haute altitude. Dès lors, un avion positionné à 30,000 ou 40,000 pieds a un avantage tactique au début du combat si l'adversaire est à une altitude inférieure. La densité de l'air réduit avec l'altitude : plus le missile vole haut, moins l'air le ralentit, et plus il va loin.

Le second facteur est la vitesse du lanceur: le but étant d'avoir un missile qui arrive en phase terminale avec suffisamment d'énergie pour toucher la cible, même si celle-ci fait une manœuvre d'évitement, il est crucial de donner un maximum d'énergie (donc de vitesse) au missile dès son départ. Note: Sur les missiles Air-Air modernes, ce gain sera négligeable comparé à leur impulsion leur vitesse maximum.

Dans tous les cas n'oubliez pas qu'un missile pourra voler pendant plusieurs dizaines de secondes, voire minutes, avant de toucher la cible. Il est donc important de bien anticiper les différents paramètres du tir pour le réussir.

La recommandation typique est donc de tirer à haute altitude, entre Angels 30 et Angels 40, en accélérant, avant de tirer son missile. Cette tactique est à contre-balancer avec la difficulté accrue qu'aura le radar à détecter/poursuivre une cible vers le bas (look-down).

Si on simplifie, une cible peut avoir trois aspects : chaude, froide ou de flanc (l'AWACS vous dira “hot”, “cold”, “flanking”). C'est important car cela indique la direction dans laquelle la cible se dirige par rapport à vous. Un avion qui se dirige vers vous (chaud) réduit naturellement la distance que votre missile doit parcourir pour l'atteindre, il est donc possible de tirer beaucoup plus tôt. La vitesse de rapprochement est donc additionnée entre l'aéronef lanceur et celle de sa cible dans ce cas.

Une cible de flanc se déplace de côté, seule la vitesse de l'aéronef lanceur participe au rapprochement. Il en résulte qu'il faudra s'approcher plus près pour tirer.

Une cible froide se déplace dans la même direction que le lanceur et peut même s'en éloigner si sa vitesse est supérieure au lanceur. C'est le type de cible le plus difficile à toucher car il faudra s'assurer d'être beaucoup plus proche avant d'ouvrir le feu. En revanche pour un tir guidé par infrarouge (Fox2) c'est aussi la meilleure position, car la signature infrarouge d'un avion est plus importante sur l'arrière (sortie des tuyères) et le missile n'aura aucun mal à guider.

Face à un appareil de capacité équivalente, il y a fort à parier qu'il tire en même temps que vous. Dès lors et si le RWR détecte un accrochage radar, une bonne stratégie consiste à plonger vers le sol en maintenant un axe de 60° entre le nez de l'avion et la direction du bandit, d'abord dans une direction, puis dans l'autre, tout en libérant des “chaff” (paillettes leurre anti-radar). Le but est de maintenir l'accroche de son propre radar pour continuer à guider son missile tout en cassant l'accrochage radar adverse, et de fatiguer un éventuel missile qui devra tour à tour dévier sa trajectoire d'un côté, puis de l'autre, perdant au passage beaucoup d'énergie. En descendant vers le sol, vous obligez le missile adverse à entrer dans une zone d'air dense, où il sera freiné beaucoup plus qu'en haute altitude. Par ailleurs votre avion sera plus manœuvrant à basse altitude pour la même raison.

Anticipez le tir adverse et agissez d'abord avec des mouvements calmes sur le manche. En effet, à haute altitude, la faible densité de l'air rend l'avion plus susceptible au décrochage. La dernière chose que vous voulez lorsqu'un missile arrive est de perdre le contrôle de l'aéronef. Inversez calmement l'avion sur le dos, tirez jusqu'à un angle de 30 ou 40° de l'horizon vers le sol, rétablissez et partez ensuite calmement de 60° à gauche ou à droite de l'azimut du bandit. Ex: un bandit est au cap 300, faites une passe au cap 240, libérez quelques chaffs, puis virez à droite jusqu'au cap 0° et reproduisez la manœuvre en continuant à plonger. Lorsque vous avez vaincu le missile et que le RWR n'indique plus d'accrochage radar, remontez à pleine post-combustion pour regagner de l'altitude et pouvoir effectuer un second tir si votre premier missile n'a pas touché sa cible!

Il peut parfois être utile de tirer un missile sur un bandit, même dans des situations non idéales de tir, lorsque ce dernier vient d'ouvrir le feu sur nous. Le but est de faire partir le bandit en défensif, donc de l'obliger à perdre son accrochage radar sur vous. Si le missile n'est plus guidé par l'avion lanceur, il aura beaucoup plus de mal à continuer à suivre votre avion (surtout en phase initiale). Dans un tel cas l'objectif du tir est simplement d'alerter l'ennemi et de faire peur, pas de toucher.

Enfin et face à un adversaire disposant d'une meilleure portée que vous (par ex. un F-14 Tomcat équipé du AIM-54 Phoenix), la solution peut aussi être de tourner à 180° et de fuir. Dans de tels cas, le missile n'aura pas assez d'énergie pour vous poursuivre et tombera, l'adversaire ayant sans doute calculé son tir en supposant que votre avion continuerait sa route et donc, à se rapprocher de lui.

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  • Dernière modification: 2020/11/10 20:43
  • de qiou87